5G, inoffensive success-story ou mythe de Dédale ?

16 Avr, 2019

Blog/actu

Architecte et automaticien de la mythologie Grecque antique, l’Athénien Dédale était un inventeur astucieux et prolifique. Aucun problème ne lui résistait. Sauf que, si elles étaient brillantes, ses solutions n’en provoquaient pas moins des événements inattendus aux résultats catastrophiques. En cause, la fascination excessive exercée par la technique, dès lors finalité en soi.

La 5G en bref

La 5G qualifie la cinquième génération de technologie de réseau mobile, progressivement déployée en France. Ses performances supplémentaires par rapport aux générations précédentes sont des débits plus importants et une meilleure qualité de connexion au services d’usages plus nombreux. En effet, ses promesses servent principalement des objectifs technologiques dits de rupture et représentés par l’Internet des objets (IoT), l’interconnexion des transports grâce aux intelligences artificielles embarquées, l’interconnexion des robots et équipements dans l’industrie futuriste 4.0, la télémédecine ou encore le pilotage de drones.

Pour fonctionner, cette technologie nécessite le déploiement d’antennes, l’utilisation de 3 bandes de fréquences et une couverture satellite. Ainsi, la 5G couvrira la terre entière et son environnement spatial. En réaction, des médecins, des scientifiques, des membres d’organisations environnementales et des citoyens de tous pays ont demandé, à l’Organisation des Nations Unies, à l’Organisation Mondiale de la Santé, à l’Union Européenne, au Conseil de l’Europe et à tous les gouvernements, que son déploiement soit stoppé sans délai.

Car, en promettant « une bonne pénétration dans les bâtiments » et une couverture optimale, cet univers orwellien provoque une exposition accrue et massive de tous les organismes vivants, qu’ils soient humains, animaux ou végétaux, à leurs rayonnements. Les principaux bénéficiaires de cette technologie sont les équipementiers et les opérateurs de téléphonie mobile qui collecteront des informations sur nos modes de vie pour les exploiter à des fins commerciales.

Innocuité technologique : la preuve par l’absurde des institutions de gouvernance et de régulation

En matière de technologies émergentes, le même argument récurrent prévaut en Europe et dans le monde pour balayer sans la moindre nuance l’idée même que celles-ci puissent avoir un impact négatif sur la santé : « Il n’existe aucune preuve scientifique d’un risque avéré pour la santé lorsque l’exposition aux ondes radio est inférieure aux seuils recommandés par l’OMS ».

Cette affirmation est publiée par un opérateur majeur de téléphonie sur son site Internet. Mais elle ne fait que reproduire la posture, en France, de lANFR.

Au plan intellectuel et scientifique, il est profondément choquant que « l’absence de preuve de l’existence d’un risque » autorise à conclure à l’innocuité de la chose concernée car, en matière de science, seule « la preuve de l’absence d’un risque » permet de l’affirmer.

C’est également faire peu de cas des travaux d’organismes et de scientifiques indépendants de tout lobby  qui concluent que « De nombreuses publications récentes montrent que les champs électromagnétiques affectent tous les organismes vivants et ce à des seuils bien inférieurs à ceux de la plupart de recommandations nationales et internationales ». Ils précisent que les dommages provoqués par les ondes affectent tous les organismes vivants : humains, animaux et végétaux.

Et c’est ici que réside toute l’ampleur du problème : les structures institutionnelles de gouvernance, de régulation et de protection des populations et de l’environnement fonctionnent selon un système de valeur absurde et inégalitaire qui considère que l’absence d’argument des industriels est un élément plus probant que les preuves énoncées par les organismes et les chercheurs indépendants, dès lors que celles-ci contredisent leurs intérêts.

Lanceurs d’alertes face au négationnisme des institutions et des industriels

Comme nous l’avions exposé dans notre précédent article, des scientifiques indépendants interpellent inlassablement les pouvoirs publics sur les impacts qu’ont les rayonnements non-ionisants sur les cellules vivantes et les dysfonctionnements métaboliques délétères que cela peut entraîner.

Ainsi, en octobre 2018, les docteurs Sharon Goldberg, praticienne de médecine interne, et Paul Héroux, médecin toxicologue et chercheur spécialiste des champs électriques et électromagnétiques, ont témoigné des impacts biologiques de ces rayonnements, face à une commission américaine. Selon le docteur Goldberg, le danger des ondes électromagnétiques et des pollutions électriques, démontré et documenté par la science, ne fait plus aucun doute. En revanche, elle s’interroge sur le coût pour la société humaine des dépenses de santé qu’entraîneront les longues maladies chroniques, telles que cancers, cardiopathies, maladies neuro-psychiatriques, diabète…, produites par ces technologies sans fil. Critique, elle décrit la 5G comme une application jamais testée à grande échelle.

Les conclusions des docteurs Goldbert et Héroux sont largement partagées par la communauté scientifique internationale indépendante et par des pans entiers de la société civile. Lors des mêmes auditions publiques, des sénateurs américains ont eux aussi exprimé leurs inquiétudes sur les effets sanitaires de cette nouvelle technologie. Ainsi, le sénateur Richard Blumenthal, auquel les industriels concernés n’ont jamais fourni les réponses attendues en matière de santé publique, a comparé le déploiement de la 5G à « une navigation en aveugle ».

5G ou le mythe de Dédale

On peut accorder au Dédale de l’Antiquité le crédit d’avoir disposé d’une connaissance empirique des choses, fondée sur l’observation et l’expérience. Et l’on peut comprendre que, dans ce contexte, il se soit obstiné à développer des inventions dont la plus tragique a conduit à la mort de son fils, Icare, précurseur du vol libre. Le jeune homme fut précipité dans la mer Egée après que la cire qui fixait ses ailes artificielles ait fondu au contact du soleil méditerranéen.

Mais de nos jours, le déploiement à grande échelle de technologies comme la 5G se fait malgré l’existence de connaissances documentées. Produites par des sources scientifiques complémentaires les unes des autres et rattachées à de prestigieuses institutions, elles démontrent les risques sanitaires encourus par les populations et les animaux.

Aussi, force est de constater que les travaux des chercheurs et leurs alertes restent largement niés par le discours politique et économique dominant. Inconditionnellement technophile, celui-ci revendique sa légitimité avec un argument par défaut : l’absence de preuve. Tout en entretenant la confusion entre la valeur d’un seuil biologique et celle d’un seuil normatif ou réglementaire.

De tels stratagèmes permettent de douter, en toute légitimité, de l’innocuité de la 5G.